Petit-Duc scops

Otus scops

Petit-Duc scops bagué dans le marais de Pampin
Petit-Duc scops bagué dans le marais de Pampin
cliché Julien Gonin

On a souvent tendance à associer un oiseau plus que d’autres à un moment de l’année, ou bien un lieu. Qui ne songe pas aux prémices de l’hiver lorsque nous admirons, à la faveur d’une beau coucher de soleil, ces étonnants vols en V que décrivent si bien les oies ou les Grues cendrées, en route vers le Sud ? De même, le premier chant du Coucou gris ou encore du Rossignol philomèle nous transporte immédiatement dans une charmante ambiance printanière. Le Petit-duc scops, quant à lui, symbolise les chaudes nuits d’été des villages et des bois méditerranéens, où son chant, un "tiou" sonore, retentit un peu partout dès le mois de Mars.

Il faut dire qua sans son chant très particulier, le Petit-duc scops, plus communément appelé Hibou Petit-duc, passerait facilement inaperçu. Tout d’abord à cause de sa taille : c’est en effet l’un des plus petit rapaces nocturnes européens (20 cm de long seulement, soit la taille d’un étourneau), il peut donc facilement tenir dans une main ! Seule la Chevêchette, une petite chouette présente dans le Nord de l’Europe et l’Est de la France, parvient à détrôner notre Petit-duc en matière de taille puisqu’elle est à peine plus grosse qu’un moineau. Son plumage assez sobre n’aide pas non plus à le repérer : son corps est gris brun, plus ou moins roussâtre, et finement moucheté de noir et de quelques taches blanches sur les ailes ce qui donne à l’ensemble une couleur écorce, particulièrement utile pour se camoufler le long des troncs d’arbres durant la journée. Son disque facial est gris, bien séparé par du noir entre les deux yeux d’un jaune éclatant. A l’instar des autres hiboux, le Petit-duc dresse ses aigrettes de plumes lorsqu’il se sent inquiet ou excité.

Ce rapace, à l’origine espèce méditerranéenne, se rencontre dans toute l’Europe du Sud. En France, c’est donc dans le Midi que vous aurez le plus de chance de le rencontrer ; il est régulier et commun dans tous les départements méditerranéens jusque dans la vallée du Rhône aux environs de la Drôme et de l’Aveyron. On le rencontre également en Bourgogne, en Savoie, dans la région Centre, dans le Massif central, le Midi Pyrénées et le Poitou-Charentes. En Charente-maritime, le Petit-duc est surtout bien présent dans les îles, notamment Ré et Oléron qui accueillent la plus grosse population du département, et même de la région. Il est beaucoup plus localisé dans l’intérieur les terres, et sa présence n’est confirmée qu’ici et là, dans quelques villages comme à Benon où près de Jonzac par exemple. On compte au total environ 5000 couples nicheurs en France.

Peu exigent en matière d’habitat, le Petit-duc niche à proximité des hameaux et des villages, parfois dans les parcs en agglomération, mais aussi dans les zones semi boisées, les vergers, les oliveraies et les haies. La présence de cette espèce est néanmoins conditionnée par l’abondance des proies dont il se nourrit, en particulier les gros insectes (sauterelles, grillons, papillons de nuit, coléoptères...), qui composent l’essentiel de son menu. Il capture ses derniers depuis un affût et les repère alors au bruit qu’ils émettent ; Le petit-duc prend souvent l’habitude de se percher sur la branche d’un arbre planté près d’un lampadaire, car sa lumière attire de nombreux insectes. Parfois, il agrémente son repas de petits oiseaux, micromammifères, lézards ou amphibiens.

En plus de sa taille minuscule, le Petit-duc possède une autre particularité : c’est le seul rapace nocturne qui ne passe pas l’hiver en Europe. En effet notre hibou, aussi petit soit-il, n’hésite pas à franchir deux fois par an le Sahara pour aller passer l’hiver en Afrique équatoriale, même si quelques uns hivernent autour de la Méditerranée, en Corse notamment. C’est donc de la fin Mars à Octobre que l’on peut rencontrer cette espèce sous nos latitudes. Une fois arrivé sur son lieu de reproduction, le Petit-duc s’empresse de défendre un territoire sur lequel il établira son nid. Le meilleur moyen pour confirmer sa présence est de tendre l’oreille afin de détecter son chant, audible à environ 300 mètres ; c’est un doux sifflement, bref et flûté, répété inlassablement toutes les 2-4 secondes, que l’on peut écouter dès le crépuscule et pendant la nuit, même s’il arrive parfois de l’entendre de jour. Pour pouvoir le repérer plus facilement, les ornithologues utilisent la technique de la "repasse", qui consiste à passer un enregistrement du chant de l’oiseau dans la nature ; si le Petit-duc est dans les parages, il n’attendra pas longtemps pour répondre à cet étrange appel ! La femelle chante aussi afin de communiquer avec les mâles, mais son chant est un peu plus aigu et nerveux.

La reproduction s’étale d’Avril à Août ; cavernicole, le Petit-duc recherche avant tout les arbres creux pour pouvoir nidifier ; il utilise plus rarement les vieux murs ou les anciens nids d’autres oiseaux (rapaces ou corvidés). Entre la fin Mai et la mi-Juin, la femelle dépose 3 à 4 oeufs au fond du trou ; les jeunes quittent le nid à la fin Juillet-début Août mais sont encore nourrit par les parents pendant 1 mois et demi. Le Petit-duc est sensible au dérangement pendant la couvaison, aussi mieux vaut attendre la période de sortie des jeunes pour pouvoir prouver sa reproduction.

La disparition des vieux arbres, essentiellement causée par l’agriculture intensive, fragilise les populations de Petit-duc qui ont du mal à trouver un site de nidification adéquat. Depuis quelques années, une campagne de pose de nichoirs est mise en place dans de nombreuses communes afin d’améliorer le sort de cette espèce, déjà menacée par l’emploi des pesticides qui détruisent ses proies préférées. Si vous habitez dans un village ou bien en périphérie, vous pouvez vous aussi aider ce charmant nocturne en installant l’un de ces nichoirs dans un arbre, entre 2 et 5 mètres de haut, dès le mois de Mai afin que le nichoir ne soit pas utilisé par une autre espèce d’oiseau. L’abri doit mesurer 30 cm de haut sur 20 cm de large à la base, 30 cm de profondeur, avec un trou d’envol de 7 cm de diamètre. Veillez à ce que le bois utilisé pour sa construction soit résistant à l’humidité et, enfin, orientez votre nichoir de préférence vers l’Est / Sud-est afin que celui-ci ne soit pas trop exposé aux vents dominants. En hiver, après avoir vidé et nettoyé le nichoir, vous pouvez garnir le fond avec une couche de végétaux ou de sciure qui absorbera les déjections des jeunes.

Vous contribuerez ainsi à la protection du plus petit des nocturnes, mais non moins fascinant et attachant. Et qui sait, peut être qu’au prochain printemps, à la tombée de la nuit, entendrez-vous son chant siffler près de votre jardin !


Mis à jour le : lundi 21 octobre 2013

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